LA VACHE OU COMMENT PENSER COMME UNE BÊTE



Les Vaches Bourbonnaises
Photographie Numérique
© Collection privée


COLLECTION PHOTOGRAPHIQUE - FLICKR


Tantôt animal de travail, de consommation ou de compagnie, nous entretenons avec les animaux des modes de relations plurielles et diverses. 
La question du lien entre l’homme et la bête trouve des résonances particulières pour peu que l’on s’attache à les décrire et à les questionner. 
L’animal, ses conditions de vie, nos modes de coexistence avec eux soulèvent de nombreuses questions. 
De l’éleveur au citadin, du juriste au philosophe, de l’association de défenses des animaux aux politiques, par bien des aspects, nous remettons aujourd’hui en question nos modes de présence l’un envers l’autre.
Comment penser la bête avec une identité propre? 
Comment explorer cette injonction toute particulière que nous avons envers elle d’asservissement et d’exploitation? 
Alors que par ailleurs, nous sommes bien souvent incapables de définir la relation qui nous lie et que nous vivons avec un animal de compagnie, d’élevage ou encore d’objet de recherche et d’étude. 
De nombreux films se sont attachés à questionner cette relation et à faire émerger les enjeux du lien entre l’homme et l’animal ; certains comme celui de Jean-Jacques Annaud, L'OURS sorti en 1988, sont venus questionner l’animal lui-même, dans sa différence mais aussi dans son "animalité – humanité" ; d’autres enfin ont exploré la perte du lien et l’effacement de l’affectif au profit du couple rentabilité - productivité ( WE FEED THE WORLD d'Erwin Wagenhofer sorti en 2007 ).
Ces réalisateurs et leurs films ont exploré une question commune : quel mode de coexistence avons-nous avec eux? Comment décrire leurs différences? Comment envisager et aborder leur singularité?
Ces films nous bousculent et proposent des situations où s’expérimentent de nouvelles formes de relation et BOVINES n'échappe pas à la règle. Nous en sortons différents, en mieux. Et aussi parce que c'est un très beau film.


BOVINES, un documentaire d'Emmanuel GRAS, Batysphères production 
Sortie nationale le 22 février 2012.






"On me demande souvent comment j’ai pu avoir l’idée de faire un film sur les vaches. De mon côté, avec un peu de mauvaise foi, je me demande plutôt pourquoi c’est si étonnant. On réalise des films sur tous les animaux sauvages possibles, mais ces bêtes avec lesquelles nous avons une relation particulièrement intime puisqu’on les mange, ne semblent pas dignes de notre intérêt. Comme si le bétail n’avait pas d’histoire, pas de vie avant de devenir des steaks ou des saucisses. Et c’est précisément cette absence de connaissance qui m’a attiré, l’envie de savoir à quoi pouvait bien ressembler une vie de vache, cet animal qui représente l’essence de l’animal d’élevage : un être plus puissant que l’homme mais qui se laisse docilement dominer par lui. J’ai eu alors envie de parler d’élevage, mais en me plaçant du côté des animaux. 
Ensuite, en essayant de faire un film là-dessus, le défi est rapidement devenu vertigineux : pour nous humains, le quotidien des vaches se résume à peu de chose, brouter, dormir, ruminer. Pour réussir à le raconter, il fallait se poser des questions de cinéma. Il était évident dès le départ du projet qu’il n’y aurait pas de voix-off, de discours posé sur l’animal. Je voulais que l’on s’en approche par les sensations, des choses très basiques : sentir la matière de l’herbe qu’elles mangent, frissonner sous la pluie, profiter du soleil avec elles, rentrer ainsi dans une autre temporalité, celle de l’animal, s’intéresser à des détails qui n’attirent pas habituellement notre attention. Il fallait changer de regard. Non pas penser comme une vache, mais essayer de ressentir comme une vache, se mettre dans la peau de la bête et rendre l’univers sensible dans lequel elles vivent. Et le cinéma permet cela : par le son et l’image, nous donner à voir ce que l’on ne regarde pas, rendre la réalité du monde plus intense parce qu’on y est plus attentif.Les vaches sont, pour moi, des êtres étranges. Elles mènent leur vie avec une nonchalance fascinante. J’ai le sentiment qu’il y a comme un bonheur caché là-dedans, une manière d’être tranquille avec le monde que je trouve attirante. J’ai voulu retrouver dans ce regard émerveillé par le monde, quelque chose de très enfantin, très direct."  
Emmanuel GRAS.



Le bovin ou plus singulièrement appelé par son homonyme féminin, la Vache, a été et est toujours aujourd'hui, un sujet traité souvent par un heureux hasard de la rencontre lors de mes pérégrinations photographiques, en immersion totale dans de prairies fleuries et parsemées de bouses.
Les vaches font partie de nos beaux paysages de terroirs auvergnats.
Et c'est un privilège ici, que de leur rendre un hommage bien mérité.





Le petit veau
Photographie argentique monochrome N&B
Collection privée





Rosa BONHEUR (1822-1899)



Sortie du livre ROSA BONHEUR de Gonzague SAINT-BRIS, février 2012.


Comme le hasard fait bien les choses, je dois bien avouer que ce mois de février a un air de campagne, non pas présidentielle mais qui vient du fin fond de nos pâturages. Voilà comme quoi je ne suis pas une peau de vache, je vous donne de quoi ruminer: allez au cinéma et voyez ou revoyez les tableaux de Rosa Bonheur dont la finesse et l'esthétique de ses réalisations pourraient aussi se comparer au travail de cadrage d'Emmanuel Gras qui est décidément très proche de l'iconographie pictural classique. Un beau programme qui sent bon l'herbe fraîche cette année:)